Samedi 17 mai 2008
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Fils d’un esclave affranchi, Horace était l’un des proches de Brutus, le meurtrier de César. Il combattit et connut la défaite à ses côtés, avant de revenir à Rome
pour y composer ses Odes. De ces dernières vient cette fameuse réplique destinée à la jeune Leuconoé, soucieuse de son avenir : « Dum loquimur fugerit invida aetas ; carpe diem, quam minimum
credula postero. » … ou, si vous n’êtes pas expert en latin (et je ne le suis pas davantage) : « Pendant que nous parlons, le temps jaloux s’enfuit ; jouissez du jour présent sans trop chercher
ce que sera le lendemain ».
C’est le célèbre « carpe diem ». On lui connaît une variante chez Joachim du Bellay dans une œuvre de 1558 (deux ans avant sa mort), intitulée … Les Regrets : Celuy vit
seulement lequel vit aujourd’hui.
Dans le même ordre d’idée, nous pouvons encore lire cette locution latine, sur quelque cadran solaire : « Tenere non potes, potes non perdere diem » … Tu ne peux
pas retenir ce jour, mais tu peux ne pas le perdre.
Qui choisirait de ne faire siens ces encouragements à profiter du laps de temps que la vie veut bien nous accorder ? Nous aurions presque l’impression d’enfoncer une porte
ouverte en le disant … s’il n’était une légère complication : comment traduire le « carpe diem » dans les faits ? Quelle réalité met-on derrière les mots ? Qu’est-ce que signifie exactement «
jouir » du jour présent ?
Certains y voient une incitation à rechercher les plaisirs du corps par l’assouvissement des désirs de l’instant quand d’autres comprennent exactement l’inverse, en
l’occurrence la prééminence des plaisirs de l’esprit sur l’appétence charnelle. L’ambiguïté va même jusqu’à donner le label « épicurien » aux premiers, alors qu’Epicure faisait partie des
seconds, puisqu’il jugeait les plaisirs temporels de nature à troubler la sérénité, le bien-être intérieur. Il disait, par exemple : « la vertu est le plus grand des plaisirs » … les « épicuriens
» modernes apprécieront ! Les hédonistes, devrais-je dire.
Tandis que certains interprètent le propos d’Horace comme une exhortation à « vivre au jour le jour », d’autres, au contraire, se rappellent qu’aujourd’hui est obligatoirement le
lendemain d’hier et préparent leur avenir dans l’espoir de s’offrir de meilleurs présents.
Certains, encore, s’appuient sur cette pensée pour faire de leur nombril leur seul centre d’intérêt. Ce que dénient bien évidemment celles et ceux qui considèrent que le bonheur de
vivre passe nécessairement par celui des autres.
Qui a raison ? Qui a tort ?
Bien malin qui peut répondre à ces questions. S’il existait une recette du bonheur, cela se saurait depuis longtemps ! En réalité, chacun se fait sa propre idée de ce qu'il appelle
bonheur; mais le trouve-t-il ?
Références :
- Dictionnaire des proverbes, sentences et maximes, Maurice Maloux, Larousse 2001.
- Dictionnaire Larousse
- Les proverbes et la vie, L'Harmattan 2008.
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