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Le dernier livre
d'Alain STRECK
vient de paraître :

"Les proverbes et la vie"
éd. L'Harmattan 2008 


Disponible en librairie

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Mardi 27 mai 2008 2 27 /05 /Mai /2008 08:15


    Chercher midi à quatorze heures, c'est chercher des difficultés là où il n'y en a pas, des complications là où la situation est simple.
 
    L'expression nous vient des anciens cadrans solaires italiens, qui étaient divisés en vingt-quatre heures. La première heure commençait toujours une demi-heure après le coucher du soleil. Or, ce dernier étant variable selon les jours de l'année, le milieu du jour s'affichait, selon les saisons, entre quinze heures et dix-neuf heures. Jamais à quatorze heures ; il était donc inutile d'y chercher midi.

   Le dictionnaire des Locutions et proverbes français de Le Roux de Lincy rappelle ce quatrain de Voltaire que l'on pouvait lire au bas de certains cadrans solaires : 
 
    Vous qui vivez en ces demeures,
    Etes-vous bien, tenez-vous y
    Et n'aller chercher midi
    A quatorze heures.

        
  Références :
- Les proverbes histoire anecdotique et morale des proverbes et dictons français De Mle J. Amory de Langerack Lille 1860
- Dictionnaire des Locutions et proverbes français de Le Roux de Lincy 1859

 
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Par Alain Streck - Publié dans : Origine des expressions
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Mardi 27 mai 2008 2 27 /05 /Mai /2008 07:42


    Ce proverbe parle de lui-même : celui qui est absent ne peut ni se défendre, ni faire valoir un droit éventuel. En cela est son tort.
 
    Il fait référence à un adage du droit ancien, lequel disait : les morts ont tort. Cet adage est né de la pratique du Jugement de Dieu : lorsqu'un différend opposait deux seigneurs, ces derniers s'affrontaient en duel et l'on considérait que Dieu donnerait immanquablement la victoire à celui qui était juste. Au terme du combat, le vaincu était ainsi déclaré coupable et le vainqueur réputé innocent. On disait alors qu'il se faisait blanc de son épée.

    On retrouve également dans ce proverbe l'esprit de plusieurs locutions latines, encore en usage au XVIIème siècle :
    - Les os sont pour les absents : tarde venientibus ossa.
    - Point d’héritage pour l’absent : absens hœres non erit.
    - L’absence prolongée équivaut à mort : Absentia longa et mors œrquiparantum.

    A titre anecdotique, Ninon aimait à user de ce proverbe pour justifier ses infidélités et Jules Renard écrivit dans son Journal, le 14 juillet 1896 : les absents ont toujours tort ... de revenir.
        
  Références :
- Dictionnaire de Locutions proverbiales, L.-M.-E. Grandjean, 1899.
- Les proverbes et la vie, L'Harmattan 2008.

 
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Par Alain Streck - Publié dans : Dictionnaire de proverbes
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Samedi 17 mai 2008 6 17 /05 /Mai /2008 11:33


     Au VIIIème siècle avant Jésus-Christ, dans son chapitre VIII, le prophète biblique Osée vilipendait les adorateurs du Veau d’Or de Samarie en ces termes : « Ils ont semé le vent, ils moissonneront la tempête ; l’épi ne donnera pas de grain ; s’il y a du grain, celui-ci ne donnera point de farine ; et s'il en produisait, des étrangers la dévoreraient. »

     Le moins que l’on puisse dire est qu’il était fâché ! Ceci étant, au-delà de l’anecdote historique, le texte d’Osée affirme que la réaction est appelée à être plus forte que l’action (le « vent » appelle la « tempête »).

     Si cette sentence était fausse, aurions-nous inventé l’expression « effet boule de neige » ? Parlerions-nous « d’escalade » ou de « spirale » ?

        
  Références :
- Dictionnaire de Locutions proverbiales, L.-M.-E. Grandjean, 1899.
- Les proverbes et la vie, L'Harmattan 2008.

 
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Par Alain Streck - Publié dans : Dictionnaire de proverbes
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Samedi 17 mai 2008 6 17 /05 /Mai /2008 11:09


     La formule date du Ier siècle avant Jésus-Christ. Elle est extraite de l’ouvrage de Cicéron De Oratore. Il en existe une variante, plus prosaïque, chez l’un de ses contemporains, Publilius Syrus, esclave syrien devenu écrivain après avoir été affranchi : Attends d’autrui, ce qu’à autrui tu auras fait.

    Ce principe, qui veut que chacun récolte ce qu’il sème, est qualifié de nos jours « d’effet boomerang ». Si je vous frappe, vous me frapperez. Si je vous nuis, vous me nuirez. C’est fort probable.

    Or, … si ce fait est acquis, une question élémentaire vient dès lors à l’esprit : lorsque nous mettons en place les conditions du pire, pourquoi diable voudrions-nous qu’il advînt le meilleur ? Il faudrait être un peu niais pour escompter cela. Pourtant, il semble que nous peinons à intégrer cette idée si simple dans notre comportement quotidien, car la sagesse populaire s’est évertuée à en rappeler la teneur, sous des formes multiples et variées, au fil des siècles. Citons pour exemples :


Ce que vous faites de bien ou de mal,
vous le faites à vous-même.
(le Coran – VIIème siècle)
 
Ce que l’on sème,
c’est aussi ce que l’on récolte.
(la Bible – Epitre de saint Paul aux Galates)
 
Comme on fait son lit, on se couche.
(proverbe français cité par Le Duc en 1664
dans Proverbes en rimes)

Comme vous brassez, vous buvez.
(proverbe anglais)

Qui se fait balai n’a pas à se plaindre de la poussière.
(proverbe allemand – G. C. Lichtenberg – Aphorismen – 1799)

Qui doit se casser le cou,
trouve un escalier dans les ténèbres.
(proverbe italien)

Qui s’obstine à mordre un caillou,
ne réussit qu’à se briser les dents.
(proverbe français – L.P. de Jussieu – Fables et contes – 1829)

Qui se couche avec des chiens, se lève avec des puces.
(proverbe français – Recueil des Sentences notables -
 Gabriel Meurier – 1568)

Qui crache au ciel,
il lui retombe sur le visage.
(proverbe latin médiéval –
 « in expuentis recidit faciem, quod in caelum expuit »)

A se cogner la tête contre les murs,
il ne vient que bosses.
(proverbe français – G. Musset – Proverbes de Saintonge – 1897)

Qui mal veut, mal lui vient.
(proverbe français – Proverbia gallicana
– Jean Gilles de Noyers – 1558)

Quiconque se sert de l’épée, périra par l’épée.
(Bible – Evangile selon saint Matthieu, XXVI, 52 – env. 65)

Quiconque aura fait le mal, sera rétribué par le mal.
(Le Coran, IV, 122 et VI, 161 – VIIème s.)

De diable vient, à diable ira.
(Incipiunt proverbia vulgala – Manuscrit du XIIIème s.)


     Bref, il y a pléthore sur le sujet ... sans oublier le célèbre qui sème le vent récote la tempête.


Références :
- Dictionnaire des proverbes, sentences et maximes, Maurice Maloux, Larousse 2001.
- Proverbia gallicana – Jean Gilles de Noyers – 1558
- Recueil des Sentences notables - Gabriel Meurier – 1568
- Les proverbes et la vie, L'Harmattan 2008.

 
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Par Alain Streck - Publié dans : Dictionnaire de proverbes
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Samedi 17 mai 2008 6 17 /05 /Mai /2008 10:50


      Fils d’un esclave affranchi, Horace était l’un des proches de Brutus, le meurtrier de César. Il combattit et connut la défaite à ses côtés, avant de revenir à Rome pour y composer ses Odes. De ces dernières vient cette fameuse réplique destinée à la jeune Leuconoé, soucieuse de son avenir : « Dum loquimur fugerit invida aetas ; carpe diem, quam minimum credula postero. » … ou, si vous n’êtes pas expert en latin (et je ne le suis pas davantage) : « Pendant que nous parlons, le temps jaloux s’enfuit ; jouissez du jour présent sans trop chercher ce que sera le lendemain ».

     C’est le célèbre « carpe diem ». On lui connaît une variante chez Joachim du Bellay dans une œuvre de 1558 (deux ans avant sa mort), intitulée … Les Regrets : Celuy vit seulement lequel vit aujourd’hui.

     Dans le même ordre d’idée, nous pouvons encore lire cette locution latine, sur quelque cadran solaire :  « Tenere non potes, potes non perdere diem » … Tu ne peux pas retenir ce jour, mais tu peux ne pas le perdre.

    Qui choisirait de ne faire siens ces encouragements à profiter du laps de temps que la vie veut bien nous accorder ? Nous aurions presque l’impression d’enfoncer une porte ouverte en le disant … s’il n’était une légère complication : comment traduire le « carpe diem » dans les faits ? Quelle réalité met-on derrière les mots ? Qu’est-ce que signifie exactement « jouir » du jour présent ?

    Certains y voient une incitation à rechercher les plaisirs du corps par l’assouvissement des désirs de l’instant quand d’autres comprennent exactement l’inverse, en l’occurrence la prééminence des plaisirs de l’esprit sur l’appétence charnelle. L’ambiguïté va même jusqu’à donner le label « épicurien » aux premiers, alors qu’Epicure faisait partie des seconds, puisqu’il jugeait les plaisirs temporels de nature à troubler la sérénité, le bien-être intérieur. Il disait, par exemple : « la vertu est le plus grand des plaisirs » … les « épicuriens » modernes apprécieront ! Les hédonistes, devrais-je dire.

   Tandis que certains interprètent le propos d’Horace comme une exhortation à « vivre au jour le jour », d’autres, au contraire, se rappellent qu’aujourd’hui est obligatoirement le lendemain d’hier et préparent leur avenir dans l’espoir de s’offrir de meilleurs présents.

   Certains, encore, s’appuient sur cette pensée pour faire de leur nombril leur seul centre d’intérêt. Ce que dénient bien évidemment celles et ceux qui considèrent que le bonheur de vivre passe nécessairement par celui des autres.

    Qui a raison ? Qui a tort ?

   Bien malin qui peut répondre à ces questions. S’il existait une recette du bonheur, cela se saurait depuis longtemps ! En réalité, chacun se fait sa propre idée de ce qu'il appelle bonheur; mais le trouve-t-il ?

        
  Références :
- Dictionnaire des proverbes, sentences et maximes, Maurice Maloux, Larousse 2001.
- Dictionnaire Larousse
- Les proverbes et la vie, L'Harmattan 2008.

 
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Par Alain Streck - Publié dans : Dictionnaire de proverbes
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Samedi 17 mai 2008 6 17 /05 /Mai /2008 10:36


      Selon Le dictionnaire de Maurice Maloux, cette maxime est extraite de Ethique à Nicomaque, ouvrage écrit par le philosophe grec Aristote au IVème siècle avant Jésus-Christ.

      Le Larousse en donne une variante (de deux maux, il faut choisir le moindre) et ose cette explication amusante : adage que l'on prête au philosohe grec Socrate (Vème siècle avant Jésus-Christ), lequel aurait ainsi expliqué pourquoi il avait pris une femme de très petite taille.

     Le même dictionnaire évoque également la locution latine : « minima de malis » - des maux choisir les moindres - qu'il cite en référence à une fable de Phèdre (fabuliste latin du Ier siècle avant Jésus-Christ, qui s'inspira beaucoup d'Esope, comme le fit Jean de la Fontaine).

        
  Références :
- Dictionnaire des proverbes, sentences
  et maximes, Maurice Maloux, Larousse 2001.
- Dictionnaire Larousse
- Les proverbes et la vie, L'Harmattan 2008.

 
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Lundi 12 mai 2008 1 12 /05 /Mai /2008 11:44


    Aphorisme du poète latin Claudien, extrait de son ouvrage De raptu Proserpinae (env. 390). 

    Il connaît une jolie variante avec cette métaphore puisée dans le Recueil des sentences notables de Gabriel Meurier (1568) : Au bout de l’aulne tout drap prend fin, qu’il soit gros ou fin.

     Je leur préfère cependant cette réplique savoureuse de ce cher Molière qui, en 1655, dans sa pièce L’Etourdi, lançait à l’adresse de celles et ceux qu’un narcissisme déifiant pousserait à se croire éternels : on n’a point pour la mort de dispense de Rome.

        
  Références :
- Dictionnaire des proverbes, sentences et maximes, Maurice Maloux, Larousse 2001.
- Recueil des sentences notables de Gabriel Meurier (1568)
- Les proverbes et la vie, L'Harmattan 2008.

 
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Lundi 12 mai 2008 1 12 /05 /Mai /2008 11:23

 
     Comme s’il avait voulu le commenter, le docteur Louis-Ferdinand Destouches (l’écrivain Céline) disait au siècle dernier : « La plupart des gens ne meurent qu’au dernier moment ; d’autres commencent et s’y prennent vingt ans d’avance et parfois davantage. Ce sont les malheureux de la Terre. »

     Les arguments ne manquent pas pour lui donner raison. Si l’on en croit, par exemple, les deux aphorismes suivants, extraits de l’Ecclésiastique pour l’un (IIème siècle avant Jésus-Christ), d’origine russe pour l’autre : l’inquiétude amène la vieillesse avant le temps, penser à la mort raccourcit la vie.

    Qui plus est, à force de se lamenter, ces « malheureux de la Terre » risquent fort de se retrouver bien seuls. Comment, en effet, avec un tel état d’esprit, pourraient-ils être d’agréable compagnie ?

    Que cela soit donc redit, tel que le fait ce proverbe d'origine africaine : la peur de la mort ne fait pas mourir la mort.

        
  Références :
- Dictionnaire des proverbes, sentences et maximes, Maurice Maloux, Larousse 2001.
- Les proverbes et la vie, L'Harmattan 2008.

 
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Lundi 12 mai 2008 1 12 /05 /Mai /2008 10:08


    Célèbre aphorisme d’Eschyle, tiré de sa pièce Agamemnon (Vème siècle avant Jésus-Christ) :

    La façon dont mourut ce poète grec donna toute sa force à ce constat, quelque peu fataliste. C’est du moins ce que relata Pline l’Ancien, au Ier siècle. A l’en croire, en l’an 456 avant Jésus-Christ, un oracle prédit au poète qu’il allait périr de la chute d’une maison. Rien de moins. Horrifié par cette sinistre prédiction, mais fort heureusement pétri de bon sens, celui-ci décida sine die d’aller vivre au milieu des champs. Astucieux … mais vain ! Quelque temps plus tard, en effet, alors qu’il était étendu sur l’herbe d’une prairie, un aigle le survola et lâcha brusquement sa proie : une tortue ! Ironie d’un mauvais sort, la « maison » de l’animal fendit l’air et vint brutalement s’écraser sur son crâne, … le tuant net. De cette fin tragique, naquit un autre proverbe, quelque peu tombé en désuétude depuis cette lointaine époque : Le destin est comme la tortue d’Eschyle. 

        
  Références :
- Dictionnaire de Locutions proverbiales, L.-M.-E. Grandjean, 1899.
- Dictionnaire des proverbes, sentences et maximes, Maurice Maloux, Larousse 2001.
- Les proverbes et la vie, L'Harmattan 2008.
 
 
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Samedi 10 mai 2008 6 10 /05 /Mai /2008 16:58

 
    Etre fier comme Artaban c'est être très fier, voire d'une fierté exagérée. 

    De 1647 à 1658, Gautier de Costes de la Calprenède écrit une fiction intitulée Cléopâtre. Pami les personnages, figure Artaban, un amant dont la fierté frise une telle arrogance que son attitude donnera naissance à cette expression. 

    Certains auteurs, tel Charles Rozan dans Petites ignorances de la conversation en 1857, l'attribue à Artaban V, roi des Parthes (région nord-est de l'Iran), dernier descendant d'Arsace, fondateur du royaume. A l'issue d'un combat contre les romains Caracalla et Marcien en l'an 216, il avait obtenu un traité de paix qui lui avait laissé tous les honneurs de la guerre. Il en avait tiré une telle fierté qu'il s'était proclamé Grand Roi.

    Cette hypothèse a été écartée depuis, mais il demeure possible que Gautier de Costes de la Calprenède s'inspira de ce roi pour son personnage.

        
  Références :
- Dictionnaire étymologique, historique, et anecdotique des proverbes et des locutions proverbiales - Pierre-Marie Quitard 1842
- Petites ignorances de la conversation - Charles Rozan 1857
 
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